Épisode 50 ~ L'intelligence des villes et ses artifices
Ce balado a été réalisé en partenariat avec l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) pour no. 22 de leur revue Raisonnance sur le thème “Re-lier la ville : un défi pour le XXIe siècle”.
L’effet du numérique sur les villes a quelque chose de kaléidoscopique : les angles pour aborder la question sont si nombreux, intriqués, télescopés et emboîtés qu’on en vient presque à ne plus percevoir comment l’un se distingue de l’autre. L’urbain se numérise, point.
C’est bien en effet depuis la frontière numérique, par exemple, que nous parviennent nombre de débats sur des enjeux urbains bien réels, comme l’épineuse question de la mobilité urbaine qui voit l’opposition aux approches douces ou actives s’organiser essentiellement en ligne. La frontière entre numérique et urbanité est également piétinée en chaque lieu où coexistent des inconnu.es plongé.es dans l’actualité de leur téléphone, mettant à mal les valeureuses tentatives des autorités municipales de créer des lieux de rencontre. Rajoutez à cela l’énorme question en suspens de l’impact de l’intelligence artificielle sur la gestion des villes, et vous obtenez une authentique thématique croisée qui déborde de partout.
Nos deux invités cette semaine sont des élus qui, réunis à l'invitation de l'Association Internationale des Maires Francophones, ont à cœur cette réflexion sur l’impact du numérique sur les administrations municipales, et sur le développement des villes d'où ils opèrent, Nantes et Québec.
Bruno Marchand, maire de Québec, nous a reçu.es dans le sublime salon du maire de l’Hôtel de Ville de la Capitale nationale du Québec. Placé au centre de controverses houleuses sur des choix de sociétés quant à la place accordée à la voiture en ville, sa rencontre nous rappelle qu’au cœur de la tempête virtuelle se trouvent des idées pourtant tout à fait raisonnables et scientifiquement défendables : l’ajout d’options de transport supplémentaires, comme un tramway ou des pistes cyclables, élargit le cocktail d’options disponibles à chaque usager.es du réseau, en plus de sécuriser les mouvements des plus vulnérables. C’est au contraire la dépendance à la voiture qui semble s’autoalimenter dans l’opposition aux mesures adoptées : je roule, donc je roule, et pas question d’offrir d’autres options me permettant de ne pas rouler parce qu’elles pourraient altérer ma capacité de rouler, donc je roule encore. S’il y a une dimension éminemment géographique à ces questions épineuses, les perceptions centre-périphérie trouvent aussi dans le numérique une structure de communication qui rend presque impossible le dialogue et le compromis, faisant d’une minorité bruyante un adversaire presque impossible à rejoindre et sensibiliser. La ville virtuelle à laquelle se bute le maire Marchand semble bien plus complexe à gérer, à certains égards, que sa contrepartie tangible.
Francky Trichet est vice-président de Nantes Métropole (Innovation/International/Numérique) et conseiller municipal de la Ville de Nantes. En visite diplomatique au Québec, il offre à cette conversation à trois avec Guillaume un regard outre-Atlantique rafraîchissant. Malgré des structures administratives assez différentes en France, les défis du numérique n’en sont pas moins similaires, notamment en ce qui concerne la perte progressive des lieux d’interaction sociale, comme les bars-tabacs (en France). L’intermédiaire entre l’échelle nationale et l’échelle hyperlocale que constitue la métropole offre à cet égard un niveau de lecture et une possibilité d’action intéressants par rapport aux défis à relever. Notamment, la question de l’intégration des intelligences artificielles dans les pratiques urbaines, poussant le projet de la « ville intelligente » à un point inédit, va rapidement poser la question de l’autonomie des décisions prises par ces entités non humaines, et celle de leur alignement, ou non, avec les souhaits des collectivités urbaines.
Lier, relier, re-lier l’urbain : trois modalités imbriquées de la rencontre entre le numérique et la ville dont il est question dans cet épisode qui, rassurez-vous, trouve beaucoup de beau à dire à propos de tous ces humain.es qui, collectivement, se cherchent les un.es es autres dans la grisaille de l’époque.
Crédit photo : Marie-Hélène Roch 2026 (piano) et, Solveille Dubois, 2026 (invités).
